Les sanctuaires
Les Sanctuaires et temples de Nikko forment un seul ensemble de cent
trois édifices religieux dans deux sanctuaires shintoïstes (le Tôshôgû
et le Futarasan Jinja ) et un temple bouddhiste (le Rinnô -ji )
situés dans un cadre naturel exceptionnel . Les premiers édifices furent construits au
flanc de les montagnes sacrée Nikko par un moine bouddhiste au VIIIe
siècle. Aujourd'hui, ils témoignent de l'interêt qu'ont les japonais pour la tradition et la pérennité des pratiques
religieuses liées à un site considéré comme sacré.
Ces lieux sont aussi
étroitement associés à des chapitres importants de l'histoire du Japon,
en particulier ceux qui ont trait au grand
Shogun, Tokugawa Ieyasu (1543-1616).
Avant de comencer je voudrais dire quelques mots sur les religions au Japon en particulier le shintoisme, ce qui constituera notre 2ème partie. Nous reviendrons aux sanctuaires de Nikkô dans une 3ème partie. J'espère que vous ne trouverez pas cette 2ème partie trop ennuyeuse!
Bonne lecture Bizz, Larie
Bonne lecture Bizz, Larie
I] Le Shintoïsme
Le Shintô ou Kami-no-Michi (voie des Kami (dieux)), est la
religion indigène du Japon, elle
est remarquable par le fait qu'il
s'agit d'une religion n'existant qu'au Japon. Du fait qu'il rassemble un ensemble assez
hétéroclite de cultes, il est quasi impossible de bien le
définir. les influences sur le Shintô ont été
fréquentes au cours des siècles :| Période protohistorique | ||
| Ere Jomon | -9000 à -300 | Cultes de la fertilité |
| Ere Yayoi | -300 à 300 | Débuts du Shintô |
| Ere Kofun | 300 à 552 | Introduction des symboles majeurs |
| Période historique | ||
| Ere Asuka | 552-646 | Introduction du Bouddhisme |
| Ere Hakuko | 646-710 | Fondation des quatre écoles de Nara |
| Ere de Nara | 710-794 | Compilation du Kojiki et du Nihonshoki |
| Ere Heian | 794-1185 | Fondation et expansion du tendai et du shingon |
| Ere Kamakura | 1185-1333 | Fondation des écoles bouddhiste Terre Pure, Zen et Nichiren |
| Ere Ashikaga | 1333-1568 | Début du Christianisme au Japon |
| Ere Momoyama | 1568-1603 | Rapprochement puis prescription du Christianisme |
| Ere Tokugawa | 1603-1868 | Renaissance du Shintô |
| Ere Meiji | 1868-1912 | Début du Shintô d'état |
| Ere Taisho | 1912-1926 | Renaissance du Bouddhisme |
| Ere de Showa | 1926-1989 | Interdiction du Shintô d'état après la seconde guerre mondiale |
| Ere Heisei | 1989- | |
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| Le Mont Fuji, la montagne la plus sacrée du Japon |
Le Shintoïsme considère que l'univers est formé par le jeu d'énergies indestructibles apparaissant en un changement constant dans les phénomènes naturels et que ceux ci sont des divinités qu'il convient de vénérer pour obtenir leurs faveurs. L'empereur auquel était attribué les fonctions de grand prêtre était capable de maîtriser ces énergies de la nature. Aujourd'hui encore, l'empereur du Japon récite des prières tourné en direction des quatre points cardinaux durant une cérémonie qui a lieu la nuit du nouvel an, afin de rétablir l'ordre de l'univers et d'assurer la prospérité de l'année qui commence.
La communion de l'homme avec les Kami: Les croyances et pratiques shintô sont centrées sur le culte des Kamis, divinités qui contrôlent presque tous les aspects de la nature et de la vie humaine. Selon les textes il existerait une infinité de Kamis depuis les esprits qui animent les éléments du monde physique jusqu'aux dieux et déesses eux même, en passant par les ancêtres immédiats de la famille.
La divinité la plus importante est Amaterasu (celle qui fait resplendir les cieux) Kami du soleil qui est à la fois chef du panthéon et ancêtre divine de la famille impériale. Elle est vénérée à l'Ise-Jinzû.
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| Amateratsu généralement représentée sous la forme d'un miroir, ici sortant de la caverne dans laquelle elle s'était réfugiée et illuminant le monde |
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| Les cascades sont un phénomène naturel sacré |
Les fidèles shintoïstes se purifient toujours avant de pénétrer dans l'enceinte d'un temple. Celle ci contient un abreuvoir de pierre plein d'eau pure et une louche de bambou avec laquelle les fidèles se lavent les mains et se rincent la bouche purifiant ainsi leurs corps à l'intérieur et à l'extérieur pour se rendre digne de se trouver en présence des dieux.
L'Ô-haraï (purification rituelle) est un rituel au cours duquel le prêtre agite une branche de sakaki sacré au dessus de la tête du fidèle. Celui ci est alors débarrassé de la pollution qu'il a accumulé et son équilibre interne restitué lui permet de renouer des relations harmonieuses avec le monde extérieur.
L'Ô-haraï s'effectue aussi sur des emplacements de construction ou des objets pour éliminer les esprits malins qui pourraient s'y trouver.
Au cours de l'époque Kofun un peuple nomade d'Asie
centrale introduisit les symboles majeurs du Shintoïsme à savoir
les trois trésors sacrés: le sabre, le miroir du soleil et les
joyaux d'Amaterasu. C'est au cours de cette période que la
dynastie impériale s'affirma au sein d'une population qui était
organisée en clans et c'est à la même époque que
furent construits les sanctuaires d'Izumo et d'Isé.
Ces missionnaires proclamèrent que les Kami et les Bodhisattvas du Bouddhisme Mahâyâna étaient les mêmes divinités.
Lorsque cette idéologie se précisa, une forme de Shintô connue sous le nom de Ryôbu-Shintô (Shintô à double aspect) se développa dans lequel les Kami et les Bodhisattvas (Bosatsu en japonais) se fondaient en entités divines uniques aux manifestations différentes.
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| Hachiman dieu de la guerre représenté sous la forme d'un bosatsu |
À la mort de
l'empereur Temmu qui avait ordonné à un conteur de compiler les
traditions et généalogies de l'époque, ce projet fut repris par
l'impératrice Gemmei,
qui ordonna à Ō no Yasumaro de mettre par écrit ce qu'il avait
recueilli
de ce conteur, Hieda no Are. Il mit 4 mois à le faire et remit le
résultat final à
Gemmei le 28 janvier 712.
Le Kojiki (livre des choses anciennes) considéré comme la
"bible" du Shintô, est le premier texte écrit en japonais, bien
qu'utilisant encore la graphie chinoise.Le Kojiki est composé de trois livres:
- Le premier livre rapporte de nombreux épisodes des différentes générations de dieux qui peu à peu prennent possession du "pays des 8 grandes îles" qui est alors le pays des dieux.
Aux origines, il existait trois divinités au ciel Ama no minaka nushi, Takami-musuhi et Kami-musuhi qui ont eu beaucoup d'enfants dont le couple Izanaki et Izanami, le frère et la sœur qui ont créé les fleuves, les montagnes, les îles et les Kami. En donnant naissance au dieu du feu, Izanami se brûle, est tuée par cet enfant naissant et doit partir pour les enfers. Pour se purifier des traitements subits aux enfers, elle fait ses ablutions dans une rivière. C'est alors que naît de son œil gauche Amaterasu, la déesse du soleil, de son œil droit Tsuki-yomi, le dieu de la lune et de son nez Susanoo le dieu de la mer. Izanami partage le monde entre ses trois enfants: La plaine céleste à Amaterasu, le royaume de la nuit à Tsuki-yomi et la plaine marine à Susanoo. Nigini, le petit fils d'Amaterasu descend sur terre pour régner et rencontre la fille du dieu de la montagne "belle comme les arbres en fleurs". Il la demande en mariage et le dieu de la montagne accepte. Mais ce dernier envoie en même temps sa fille aînée comparable au rocher éternel et fort laide. Nigini ne supportant pas sa laideur la renvoie à son père et c'est pour cela qu'ayant refusé ce symbole de l'éternité, les empereurs ont une vie brève semblable à celle des fleurs.
Les différents épisodes se succèdent jusqu'à l'avènement du premier empereur humain semi légendaire, Jimmu-tenno qui aurait vécu selon la tradition au IVème siècle avant J.C.
(Il semblerait que le Kojiki ait été écrit par de fervents bouddhistes imprégnés de culture chinoise et que son objectif ait été plus d'ordre politique que religieux, à savoir donner une légitimité à la dynastie régnante.) Il contient les traditions et les mythes les plus anciens de l'archipel nippon mais triés, réformés, corrigés, pour atteindre le but que l'empereur lui avait assigné.)
Cela
aboutit à la création du culte de l'empereur, qui fut
relégué à un rôle symbolique sous le long
règne des Shôgun (XIIème-
XIXème siècles). En 1868 après plus de 250 ans
de Shôgunat Tokugawa, la restauration Meiji replaça
l'empereur sur le trône et en 1871, le Shintô devint religion
d'état
Pendant cette période, tous les prêtres Shintô
devinrent des employés du gouvernement et les croyances et pratiques
furent contrôlées par le bureau des temples de Tokyo. Le terme
Shintô date de cette période.Le Shintô d'état prit fin en 1945 et l'empereur renonça à toute prétention à la divinité. La constitution japonaise de 1947 interdit explicitement à l'état toute participation aux affaires religieuses. Le Shintô redevint alors ce qu'il avait été, un ensemble peu structuré de temples dédiés à un nombre infini de Kami. Bien qu'il existe un panthéon de dieux et de déesses comme Amaterasu qui sont vénérés dans tout le Japon, les Kami appartiennent presque toujours en propre à leurs communautés respectives. Ce qui caractérise le Shintô est son caractère local. Chaque temple est autonome et possède au moins un ou deux rituels spécifiques.
Shintoisme et Boudhisme
Le Shintô est également remarquable par le fait qu'il s'agit d'une religion n'existant qu'au Japon. Il n'y a jamais eu d'effort de prosélytisme. Du fait qu'il rassemble un ensemble assez hétéroclite de cultes, il est quasi impossible de bien le définir.C'est sans doute dans les comportements religieux des japonais que les aspects complémentaires des deux confessions sont les plus apparentes. La plupart des japonais reconnaissent volontiers être à la fois shintoïstes et bouddhistes et n'y voient rien de contradictoire. Par exemple, la grande majorité des japonais se marient conformément aux rites Shintô et sont enterrés selon le rituel bouddhiste. Ils mettent ainsi en relief la perception collective que le Shintô est la religion de la vie et le Bouddhisme celle de la mort. C'est ainsi qu'au cours des siècles s'est développé le culte d'Amida, "le Bouddha sauveur des êtres après leur mort".
Les temples
Le temple le plus sacré du Shintô est le Ise-Jingû qui renferme le miroir impérial. Il constitue un exemple de cette phase ancienne de l'architecture Shintô.![]() |
| Sanctuaire d'Amateratsu : Ise-Jingû, détruit traditionnellement tous les 20 ans puis reconstruit. |
Le Shintô subit une transformation lorsque le Bouddhisme fut introduit au japon. Non seulement la théologie shintoïste s'adapta à cette foi étrangère et subit également l'influence du Confucianisme et du Taoïsme, mais on commença à construire des temples typiquement chinois, aux couleurs vives et aux ornements élaborés, ce qui marqua une rupture significative avec la simplicité d'Ise.
Les temples modernes vont des minuscules Jinja à de vastes ensembles de sanctuaires comme le Meiji-Jingû de Tokyo et le temple Heïan de Kyoto en passant par des temples de moyenne importance, les Taïsha. Mais la plupart sont situés au milieu d'arbres et de jardins (comme ceux de la région de Nikkô et que je vous décrirai dans un prochain article), ce qui reflète l'importance de la nature dans la croyance shintoïste.
| Torii en laurier de l'île sanctuaire Itsuku-Shina, couramment nommée Miyajima. |
Le temple lui même se compose généralement de 2 éléments principaux: le Honden (sanctuaire) qui referme l'effigie du Kami et le Haïden (oratoire) où les fidèles déposent les offrandes. Les sanctuaires ne sont pas des lieux de prières au sens occidental, les fidèles n'y pénètrent jamais. Certains temples sont très simples ne comportant que le Honden alors que d'autres sont immenses incluant parfois une arène de Sumô, la lutte sacrée, ou un théatre de Nô. Le sanctuaire est délimité par un petit mur.
Les rituels sont célébrés par des prêtres (kannushi) qui peuvent être des deux sexes. Leur fonction est héréditaire et peut se transmettre soit au fils ou à la fille mais également à l'épouse. Ces prêtres sont simplement des paroissiens (Ujiko) instruit du rite, élus et rétribués par la communauté. En dehors des rituels, leur vie est tout à fait normale sauf pour les prêtres affectés à de grands sanctuaires qui occupent leurs fonctions à temps plein. Pour devenir prêtre, un paroissien peut suivre les enseignements d'un autre kannushi ou recevoir une formation à l'université. Il existe plusieurs niveaux selon le degré d'instruction suivi comme les Gûji, prêtres en chef ou encore les Negi, chargés du rituel.
Les formes
On peut distinguer 4 formes fondamentales du Shintoïsme:Le Shintoïsme populaire (Minkan Shintô), pratiqué dans les villages et dans les foyers. Les phénomènes naturels et les cycles agraires y jouent un rôle prépondérant de même que les lieux, terre, eau, montagne et forêt. Le culte, destiné notamment à chasser les démons et obtenir une terre féconde est pratiqué différemment selon les régions.
| Ces petites affiches appelées Uma sont des prières qui sont accrochées sur un mur d'un temple Shintô. |
Le Shintoïsme d'état (Kokka Shintô) était étroitement lié au Shintoïsme impérial (Koshitsu Shintô). Le Tennô, nom donné à l'empereur, était vénéré en tant que descendant de la déesse solaire Amaterasu et des ancêtres impériaux. On mettait l'accent sur la divinité de l'empereur puisqu'il était issu de la lignée directe de la déesse du soleil. Ce Shintoïsme devenait un véritable culte national professant la pureté éthique et la sincérité du cœur intègre. Cette forme de Shintô et son application à des doctrines ultra nationalistes et expansionistes, l'empereur étant un dieu, il devait gouverner le monde, conduisit au fanatisme le peuple japonais avec les conséquences que l'on connait lors du second conflit mondial.
Le Shintoïsme sectarien (Shûha Shintô) qui comprend aujourd'hui 13 sectes reconnues et une centaine de sous sectes issues du Shintoïsme populaire depuis le XIXème siècle. Ces sectes, en grande partie ésotériques, furent fondées par des personnages charismatiques durant les temps de crise. Un exemple est le Tenri-Kyô (vérité céleste) qui repose sur le concept Shintô fondamental de Kami et sur la notion que l'univers et tout ce qu'il contient est animé par une hiérarchie de divinités.
(Source Le site de Jacques et Marie Agnès)
Merci de m'avoir lue et à très bientôt pour la 3ème partie! ;-) Larie







Bonsoir Larie:)
RépondreSupprimerTout simplement super! Je t'admire, taper un pavé pareil, bravo, rien d'autre a dire et super intéressant, sur les différentes religions et les temple, de plus de belles illustrations. Encore toutes mes félicitations:)
Bonne nuit à toutes et tous:)
Cordialement.
Kathyana
merci beaucoup pour cette description logiquement construite qui permet d'appréhender la complexité historique de cette religion spécifiquement japonaise
RépondreSupprimertrès intéressant,
pooki
Merci Larie, super article, instructif et bien mené.Tu as fait ce que je n'ai pas eu le temps de faire pour mes élèves du club Japon, je crois que je vais te plagier !
RépondreSupprimerA mettre absolument sur le forum :-)
Bisous à toutes, Ko
Merci beaucoup les filles!!!!! :)
RépondreSupprimerça me fait très plaisir!
Pas de soucis Ko, si tu penses qu'il peut t'être utile! ;)
Bisous à vous toutes
Larie
Je rejoins mes camarades : un grand merci pour cet article riche, qui nous apprend beaucoup de chose sur les origines et la pratique du shintoïsme :) !
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