lundi 30 juin 2014

"Les femmes de réconfort", un manhwa de Jung Kyung-a

Je voulais vous présenter un manhwa un peu particulier que j'ai eu la chance de découvrir grâce au club Japon que je co-anime, que j'ai souhaité étudier avec mes élèves de 3è dans le cadre de l'Histoire des Arts et qui a été majoritairement apprécié par eux et choisi pour leur oral.

"LES FEMMES DE RÉCONFORT" de Jung Kyung-a

Présentation de l'oeuvre et de son auteur
  • L'objet :
nature : c'est un manhwa
titre : « Femmes de réconfort. Esclaves sexuelle de l'armée japonaise »
date de parution : 2007.
nombre de pages : 264.
éditeurs : Au diable Vauvert. 6 Pieds Sous Terre.

  • L'auteur :  
L'auteur s'appelle Jung Kyung-a. Diplômée d'Histoire, c'est une scénariste de dessins animés et une auteure de bande dessinée sud-coréenne.

Pourquoi a-t-elle écrit ce livre ?

Elle s'est intéressée aux relations entre les femmes et la guerre durant le conflit en Irak qui débute en 2003. Puis elle transpose ce thème durant la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique, se sentant concernée en tant que sud-coréenne, femme et mère et voulant faire la lumière sur un fait historique caché par les pays impliqués.
  • Le sujet :
Le manhwa traite des femmes dite « de réconfort » enrôlées de force par l'armée japonaise pour servir d'esclaves sexuelles et la façon dont ces femmes, aujourd'hui, essaient d'obtenir la reconnaissance par l’État japonais de ce qu'elles ont subi et du traumatisme qui en découle.


Dimension spatio-temporelle de l'oeuvre

  • Le contexte historique :
L'enrôlement de ces femmes, s'il est antérieur à la Seconde Guerre mondiale, notamment utilisé lors de la guerre sino-japonaise des années 1930, a pris de l'ampleur pendant toute la durée de ce conflit. C'est un système étatique permettant aux soldats « consommateurs » d'évacuer ainsi la tension et l'angoisse liées aux combats et d'échapper aux maladies vénériennes qui risquaient de les affaiblir. 

  • La localisation géographique :

En effet, ce phénomène a touché tous les territoires occupés par l'armée impériale japonaise dans le Pacifique. Il a donc concerné des femmes asiatiques (coréennes, chinoises, taïwanaises, birmanes, philippines mais aussi japonaises) et européennes (hollandaises...) habitant des territoires asiatiques colonisés par les puissances européennes (ex : Java, île d'Indonésie, colonie hollandaise pendant la Seconde Guerre mondiale). Les camps étaient souvent itinérants et suivaient les déplacements de l'armée japonaise.







Construction de l'oeuvre
  • L'organisation interne :











Le manhwa appuie son propos sur des témoignages (notamment du côté des victimes, Jan Ruff O'Herne, une hollandaise, Lee Ok-Sun, une Halmony de Mandchourie et du côté de l'armée impériale japonaise, Aso Tetsuo, médecin militaire), des documents (photographies, matériel et extraits) et références historiques et des explications, notamment avec les inserts. Il présente une chronologie des événements et se termine sur une bibliographie complète concernant les différents sujets historiques abordés dans cet ouvrage. Il essaie d'être au plus près de la vérité et de la réalité historiques vécues par les « femmes de réconfort » et de leur combat actuel.

Les émotions provoquées par la lecture du manhwa sont atténuées par les touches d'humour et d'ironie distillées au long des pages, ce qui permet à l'auteur un recul nécessaire à son travail d'historienne ressenti dès le sommaire.

  • Le procédé graphique 
Exemple d'une planche :

L'auteur veut exprimer l'horreur vécue par ces femmes, souvent des jeunes filles vierges, transformées contre leur gré en esclaves sexuelles, cachées dans des maisons closes, sans moyen de s'échapper, face aux soldats japonais.

Le dessin est minimaliste, les couleurs sont souvent sombres (importante utilisation du noir) pour exprimer la souffrance, la douleur, la terreur ressenties par ces femmes et montrer le cauchemar qu'elles ont vécu. Sensation d'angoisse, d'enfermement.


Ce manhwa est épais mais relativement aisé à lire, très documenté et pourtant plein d'émotions.
J'ai été personnellement touchée par l'histoire de ces femmes de réconfort et ai beaucoup cherché de renseignements sur leur situation passée et présente. Cela fera l'objet d'un article prochain. Ko

8 commentaires:

  1. J'avais déjà lu un articles sur ces femmes " Esclaves sexuelles "
    Je dois dire que c'était assez dure et m'avait assez marqué .
    C'est le genre de chose qui est plus ou moins caché .

    Je trouve que c'est bien d'en avoir fait un manhwa .
    Je ne le lirais pas parce que je sais de quoi il en retourne .....mais je trouve ça
    intéressant et ça peut touché un plus large public .

    Merci pour cette découverte
    Mais est-il facile à trouver ( à acheter ) car les manhwas sont pratiquement introuvable
    en achat

    Bisous Ha-Naa

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  2. Merci Ha-Naa. Il est facile à trouver, je l'ai acheté sur une librairie en ligne et l'ai eu en 24 heures. Il m'a coûté (quand même) 27 euros mais je n'ai jamais regretté mon investissement. C'est construit comme un livre d'histoire, avec de l'émotion et de l'humour. Et puis les élèves ont vraiment apprécié ce cours.

    Je ferai un article 2 sur ce thème avec d'autres oeuvres. C'était notamment le coeur d'une exposition du Festival de BD d'Angoulême de cette année. Et parlerai aussi de la polémique au Japon, comme quoi les traumatismes sont encore très présents.

    Bisous Ko

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  3. Très bon article, Ko. J'ai hâte de pouvoir me procurer le manhwa. J'en ai entendu parler à cause de la polémique dont tu parles. Le gouvernement japonais a vu d'un très mauvais oeil cette interprération (fausse, selon lui) de l'histoire...

    Hélas, en tant de guerre, ces drames font presque partie du quotidien. La France aussi a ses "petits drames oubliés". A la fin de la Seconde guerre mondiale, notamment... mais comment évoquer le cas de ces femmes lorsqu'on vient d'être libéré ?

    C'est bien que ce manhwa soit facile à lire. ça permet à tout le monde de se l'approprier, et, pourquoi pas, d'ouvrir le débat. Je ne pense pas que l'auteure l'ait conçu pour alimenter les rencoeurs, au contraire. Elle a certainement voulu révéler une vérité, sans indexer personne (du moins, je l'espère^^)

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  4. Si tu n'habitais pas loin, je te le prêterai :-)

    Je n'ai pas mis la conclusion de Jung Kyung-a ni le débat car je veux en parler dans l'article n°2 mais l'auteur a voulu libérer la parole de ces femmes. Et je trouve cela formidable !

    Tu as raison, chez nous aussi, des drames liés aux événements historiques restent tus ou tabous. Exemple, la guerre d'Algérie ou l'épuration sauvage d'après-guerre. Il faudrait un 2ème blog ;-)

    Merci de ton commentaire, qui donne à réfléchir. Bises Ko

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  5. Un article très intéressant Ko. Je n'avais jamais entendu parler de ce manhwa... étonnement. Le sujet traité est m'interpelle.. Ce sont des passages de l'histoire dont on parle peu..
    Le dessin minimaliste apporte me fait un peu penser a Persepolis..
    Merci Ko. Je vais me le procurer dès que possible. :)

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  6. Je trouve ça géniale qu'il y est des gens qui décide de révéler la vérité sur ce qu'ont subit ces femmes et briser certains tabou!! Qu'on le veuille ou non ces crimes font partis de l'histoire de chaque pays concernés. Des femmes ont souffert et ça m'étonnerais que justice leur à été faite. Révéler cet aspect caché/oublié de l'histoire en manhwa permet aussi de d'élargir le public.
    Merci pour l'article!!

    Nanako-chan.

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  7. Merci Ko pour cet article!! Je vais me procurer dès que possible ce manhwa!!
    Hélas , recemment, le gouvernement Japonais de Shinzô Abe (très nationaliste) a tendance à vouloir réviser la déclaration de l'ancien chef de cabinet faite en 1993 qui reconnaissait l'existence de ces femmes et l'implication de l'armée impériale (http://www.mofa.go.jp/policy/women/fund/state9308.html) Inutile de vous dire que cela occasionne des tensions politiques entre le Japon et la Corée du Sud entre autres!
    Merci encore d'avoir partager ce manhwa avec nous et impatiente de lire ton prochain article!
    Bisous

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    1. Moi, il faut que je le récupère d'une élève à qui je l'ai prêté !

      Oui, je crois que je ne vais pas tarder à poster la suite sur justement les tensions qui subsistent à ce sujet.

      Je suis contente qu'il vous ait plu parce que moi, j'ai travaillé dessus de nombreuses heures et j'ai été passionnée par ce sujet (j'ai même été inspectée sur cette leçon !). Ce n'était pas facile car il y a eu peu d'articles sur le manhwa et la bibliographie ne donnait rien à partir des sites français. Ce sont donc mes réflexions que vous lisez ;-)

      Bisous les filles. Ko

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